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Quartier Olier |
Souvenirs de A.C. Grenon
J’ai acheté ma maison sur la rue Drolet en 1983. Lorsque j’ai fait part à mes collègues de travail de mon intention d’acheter une maison sur la rue Drolet, plusieurs m’ont fortement déconseillé le Plateau, lequel était, selon eux, trop « macramé », trop « granola », trop « rock & roll »! J’ai suivi mes instincts et j’ai acheté. Je ne l’ai d’ailleurs jamais regretté! J’ai eu droit à des commentaires du même type lorsque j’ai annoncé que mon fils serait élevé sur le Plateau. On m’a informé qu’il ne s’agissait pas d’un endroit convenable où élevé un enfant et qu’il serait préférable de l’élever en banlieue. Fort heureusement, je n’ai pas suivi ces conseils et mon fils aujourd’hui adulte, m’a souvent dit à quel point il était heureux d’avoir été élevé dans ce quartier. Il a de très bons souvenirs de son enfance et s’il a un regret, c’est que, selon lui, le quartier n’est plus ce qu’il était. Il trouve que le quartier est devenu beaucoup trop bourgeois et qu’il a perdu un peu de sa couleur. L’anecdote suivant illustre très bien le côté coloré du quartier durant les années 80. C’était la période durant laquelle des milliers de Vietnamiens ont dû quitter leur pays en catastrophe dans des bateaux de fortune et plusieurs se sont installés à Montréal. L’immeuble de quatre logements situé au 3833-3839 Henri-Julien était entièrement occupé par des familles vietnamiennes. Les familles étaient très liées et s’entraidaient. D’ailleurs, le salon d’un des logements avait même été transformé en temple bouddhiste. Durant l’été, il y avait un va et viens constant entre les logements et une vie communautaire intense dans la cours arrière. Mon fils et moi étions très bien placés pour le constater puisque nous habitions de biais. Un jour, trois individus ont placé une carcasse de porc sur une bâche de plastique dans la cours arrière. Pendant qu’un des individus arrosait copieusement le tout avec un boyau, un autre a utilisé des couteaux fort impressionnants pour dépecer la carcasse. Le tout s’est fait très rapidement et de façon très professionnelle. Mon père ayant été épicier, j’ai souvent vu des bouchers au travail et j’avais nettement l’impression que le porc a été dépecé selon les règles de l’art, malgré les circonstances inusitées. Les morceaux de viande ont sans doute été répartis parmi les quatre familles. Cet immeuble abritait plusieurs enfants. J’en ai compté treize! Mon fils est devenu très ami avec deux de ces enfants, Linas et Vinh An. Puisque Linas et Vinh An avaient trois grands frères, je n’avais aucune inquiétude à l’égard des plus jeunes. Je savais que les enfants pouvaient jouer en toute sécurité dans le parc parce qu’ils jouissaient de la protection des grands frères. En plus, il y avait plusieurs autres enfants dans le quartier qui avaient le même âge que mon fils. Malgré les vicissitudes du parc Jean-Jacques-Olier décrites dans la Petite Histoire de la rue Drolet, ce parc demeurait pour eux un lieu de rassemblement où ils ont passé de très heureux moments. Durant les années 80 et 90, l’arrivée du printemps s’annonçait par les guerres d’eau (et non pas les guerres des tuques) dans le quartier. Les enfants se divisaient en deux groupes et ils s’amusaient à se courir après avec des fusils à eau. Le tout se faisait sur le trottoir, dans la ruelle, dans le parc et dans les cours arrière. Chaque groupe imaginait diverses stratégies, y inclus des embuscades, pour l’emporter sur l’autre groupe. Cette activité a pris fin dans les années 90, après que mon fils et sa « gang » aient utilisé notre boyau d’arrosage à partir de la fenêtre de notre salon, pour arroser l’autre « gang » qui se trouvait sur le trottoir de la rue Drolet! Lors de la grande tempête de verglas du mois de janvier 1998, notre quartier n’a pas été épargné et le 24 janvier 1998, j’ai d’ailleurs écrit une longue lettre en anglais à des amis torontois, afin de décrire l’expérience. (voir lettre) Si j’ai un souvenir constant de la vie sur la rue Drolet depuis les années 1983, c’est celui des relations étroites qui ont toujours existé entre les résidents du quartier. Les relations sont en général chaleureuses et les gens sont toujours disposés à participer dans les nombreux projets mis de l’avant. Ces projets prennent souvent naissance dans le parc ou dans la ruelle, lors de discussions informelles. Si quelqu’un a une idée géniale ou s’il constate l’existence d’un problème, la communication se fait rapidement et les gens embarquent! C’est, selon moi, un des grands attraits du quartier. Il en existe plusieurs autres, dont le parc et notre belle ruelle, notre proximité aux services, le sentiment de vivre dans un petit village et la présence de nombreux enfants. Bref, les années passées sur la rue Drolet ont été très agréables et j’espère être en mesure d’y demeurer encore longtemps! |
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