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Quartier Olier

 

Le petite histoire de la rue Drolet

par A. C. Grenon

LES DÉBUTS : 1870s +

L'EUROPE DÉBARQUE : 1900s +

DÉGRADATION : 1940s +

RENOUVELLEMENT : NAISSANCE DU PARC JJO, 1970s +

APRÈS LE DÉLUGE : 1987 +

LES DÉBUTS

La petite histoire de la rue Drolet débute en 1872, lorsque quatre notables de la Ville de Montréal, Ferdinand David, membre de l'Assemblée Nationale du Québec, Sévère Rivard, avocat, Michel Laurent, architecte et Gustave-Adolphe Drolet, avocat, achète de Benjamin-Godfroi Comte, un terrain au nord de la rue Sherbrooke et à l'ouest de la rue St-Denis. Une copie authentique du contrat de vente est enregistrée au bureau d'enregistrement de la division d'enregistrement de Montréal le 24 février 1872 sous le numéro 66059.

Peu de temps après l'achat, les acheteurs débutent vraisemblablement la construction de la rangée de maisons située du côté ouest de la rue Drolet, entre les rues Duluth et Roy, car nous avons consulté une copie notariée d'un acte de vente en date du 8 janvier 1875, relatif à la vente par MM. David, Rivard, Laurent et Drolet d'une de ces maisons. La rangée de maisons aurait donc été construite entre 1872 et 1875. L'acte de vente révèle que la rangée de maison est alors connue sous le nom de «Place Comte» alors que la rue Duluth porte le nom de rue Saint Jean-Baptiste. Il s'agit des premières maisons construites sur cette partie de la rue Drolet. Les maisons à l'est sont construites par la suite.

À l'époque de sa construction, la Place Comte est constituée de maisons unifamiliales, avec une cuisine et deux autres pièces au sous-sol, un salon et une salle à manger au premier étage et trois ou peut-être même quatre chambres à coucher au deuxième étage. Ces maisons sont très modernes pour l'époque car elles sont raccordées aux systèmes d'égouts, d'eau courante et de gaz (voir M. Roger raconte). À la lecture de l'acte de vente sur notre site, il semble que ces maisons soient destinées à la petite bourgeoisie car les acheteurs de la maison sont Dame Victorine Nichols, et son époux Edmond Defoy, employé du bureau de l'Inspecteur du Revenu, de la Cité de Montréal.

Bien que ces maisons aient accès au gaz et qu'il y avait probablement des lampadaires, la quartier devait être très obscure. Dans un ouvrage de Jean-Claude Germain, Le feuilleton de Montréal - 1793-1892, tome 2 (Montréal, Les éditions internationales Alain Stanké, 1995) on peut lire ceci à la page 276 :

Si l'on se fie au nombre de récriminations que ses habitants adressent à son administration, Montréal a tout d'une grande ville. La liste des irritants est interminable «[…] La compagnie de gaz répartit démocratiquement de faibles lueurs qu'elle fait payer comme si c'était de la vraie lumière» s'indigne Le National. Dès que le jour tombe, les rues sont aussi noires qu'un combat de Jésuites dans un tunnel et les maisons aussi obscures que l'origine des fonds qui remplissent la caisse électorale du Parti au pouvoir.

Nous avons peu de renseignements au sujet du quartier Olier entre 1875 et les années 30. Néanmoins, la période 1870 et 1890 semble avoir été très dynamique :
1875 - Frederick Law Olmstead, le créateur de Central Park dans la Ville de New York, débute le projet du parc du Mont-Royal;
1879 -la première compagnie de téléphone débute ses activités;
1886 - Montréal amorce l'éclairage électrique de ses rues et remplace le gaz peu à peu;
1888 - l'ancienne ferme Logan devint le Parc Lafontaine.

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L'EUROPE DÉBARQUE

Nous savons aussi que le tissu social du quartier change en raison du grand nombre d'émigrants arrivés à Montréal à partir du début du 20e siècle :

Après avoir été relativement faible pendant les dernières décennies du 19e siècle, l'immigration à destination du Canada reprend de la vigueur […]. Ce mouvement […] touche aussi Montréal. En 1911, on recense plus de 85, 000 Montréalais nés à l'étranger. La vague migratoire de cette période se distingue des précédentes par la diversité accrue des pays d'origine. Près de 9% de la population de la ville est née dans les îles britanniques, mais 7% vient d'Europe continentale. Parmi ce dernier groupe, la Russie fournit le plus fort contingent (13 634), suivie de loin par l'Italie (4 754).

(Voir Paul-André Linteau, Histoire de Montréal depuis la Confédération, 2e éd. augmenté, Boréal, 2000, aux pages 160-161)

En raison de cette immigration accrue, le quartier entre la rue St-Denis et l'avenue du Parc se transforme. Il se peuple progressivement d'immigrants juifs provenant de l'Europe de l'Est. Leur histoire a fait l'objet de nombreux récits, dont les romans de Mordecai Richler et un livre intitulé Les Juifs de Montréal par Joe King (traduit de l'anglais par Pierre Anctil et publié en 2002 par les Éditions Carte Blanche). Entre le début du 20ième siècle et la fin des années 40, le quartier, incluant la rue Drolet entre Duluth et Roy, est un quartier populaire mais dynamique et coloré, avec une haute densité de population (voir témoignage de Dolores Laliberté).

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DÉGRADATION

À partir de la fin des années 40, cependant, le quartier se dégrade de façon importante. Les maisons de la rue Drolet sont alors en très mauvais état et plusieurs ont même été abandonnées par leurs propriétaires. Le quartier est pauvre et le danger d'incendie est toujours présent (voir M. Roger raconte). Les nombreux incendies dans le quartier (la situation commence à s'améliorer seulement durant les années 80) contribuent à faire du quartier ce qu'il est devenu aujourd'hui : un quartier composé de maisons centenaires et de maisons plus récentes, lesquelles sont construites à divers époques sur des terrains devenus vacants. La rue Drolet reflète très bien cette transformation par le feu car il est facile d'identifier les endroits qui ont tout probablement été ravagés par des incendies. Par exemple, les nouvelles maisons portant les numéros civiques 3847-3871 Drolet, remplacent un pâté de maisons détruit par le feu le 27 juin 1974.


Par contre, il semble que la rue aurait été épargnée durant le sinistre «week-end rouge» du 31 octobre au 3 novembre 1974. En raison d'une grève des pompiers de Montréal, plusieurs incendies éclatent durant cette période de trois jours, incendies que les pompiers refusent ou négligent de combattre. Voir article publie dans le Montreal Star, le 28 juin, 1974. En tout, cent quarante résidences auraient brûlé durant cette période, surtout dans les quartiers les plus pauvres de Montréal.

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RENOUVELLEMENT : NAISSANCE DU PARC JJO

Les années 70 signalent en quelque sorte la fin de cette période de détérioration et le début du renouvellement. C'est durant les années 70 qu'ont lieu les premières mobilisations des résidents. Au début de cette décennie, Gaston Michaud, alors vicaire à l'Église Saint-Louis-de-France, tourne le dos au presbytère, qu'il décrit d'ailleurs comme un château, et choisit de faire du 3990 Drolet son domicile et son quartier général. Une fois installé parmi les résidents, il commence à travailler étroitement avec eux afin qu'ils puissent reconstituer le tissus social du quartier (voir Gaston raconte). La Coop Olier prend naissance sur la rue Roy entre les rues Drolet et Saint-Denis durant cette période et c'est alors que le Parc Jean-Jacques-Olier prend forme (voir témoignage de Guylaine Forêt). À l'endroit où se trouve aujourd'hui le parc, il n'y a alors que des maisons en ruines et des amas de déchets, y inclus de vieilles voitures abandonnées. Fortement encouragés par Gaston Michaud, les résidents nettoient le terrain et placent les rebuts dans la rue Drolet. La Ville et les policiers interviennent : Gaston Michaud passe une nuit dans la prison alors située au coin des rues Laurier et Saint-Laurent (aujourd'hui une caserne de pompier) et les rebuts sont remis sur le terrain par la Ville. Le lendemain, les résidents récidivent (voir vidéo de Gaston Michaud). À la suite de tractations entre les résidents et les représentants de la Ville, celle-ci accepte enfin de nettoyer le terrain et d'y placer des installations temporaires de jeux, car à l'époque, le terrain n'appartient pas à la Ville. Une fois qu'elle en devient propriétaire, le Parc Jean-Jacques-Olier prend officiellement naissance, en 1974 (voir description officielle du parc).

Plusieurs des initiatives entreprises durant cette première période de mobilisation, tant par Gaston Michaud que par de nombreux autres résidents, portent fruits : le quartier renaît. Il comporte un fort élément bohème et il demeure toujours un quartier unique à bien des égards (voir souvenirs de A.C. Grenon).

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APRÈS LE DÉLUGE

Il y a une deuxième période de mobilisation à partir de 1987 : le 14 juillet 1987, suite à des pluies diluviennes, la rue Drolet, entre Roy et Duluth, subit des inondations importantes. Dans certains sous-sols, il y a jusqu'à deux mètres d'eau. Il s'agit de la quatrième inondation en sept ans! Deux résidents sont morts lors de la première en 1980 et dans Le Devoir du jeudi 4 septembre 1980, sous le titre Les fortes pluies sur Montréal ont fait quatre morts à la page 4, on trouve le paragraphe suivant : " Lundi, un homme de 78 ans a succombé à une crise cardiaque alors qu'il s'affairait à assécher son sous-sol envahi par les eaux de pluie tandis qu'un autre individu a été électrocuté par une lampe dans son logis inondé. Dans les deux cas, les victimes habitaient la rue Drolet. ".

L'inondation du 14 juillet 1987 suscite une mobilisation générale. C'est trop (voir lettre en date du 1er septembre 1987). Une pétition, signée par des résidents, est présentée au maire Jean Doré et au conseiller municipal, Michel Prescott. Il s'ensuit une période de discussions intenses avec la Ville, qui accepte d'accélérer des travaux de reconstruction du tributaire d'égout de la rue Roy, entre les rues St-Dominique et Berri. Ces travaux débutent en 1989 pour se terminer en 1990. Depuis, la rue Drolet est à sec!

Le processus de mobilisation ne s'arrête pas là. La rénovation du Parc Jean-Jacques-Olier devient le nouveau cheval de bataille des résidents car ce parc fort populaire est doté d'équipements désuets et dangereux. Le 28 août 1989, une pétition signée par 138 personnes qui résident ou travaillent dans le quartier est envoyée au maire Jean Doré. Cette pétition est préparée par des résidents du quartier Olier avec la collaboration de trois garderies, soit la Garderie Duluth, la Garderie Lafontaine et la Garderie St-Urbain. La lettre qui accompagne cette pétition fait état des problèmes «particulièrement sérieux au parc de la rue Drolet, entre Duluth et Roy. Ce parc attire, depuis le mois de juillet, des personnes qui s'adonnent à la drogue et plusieurs seringues ont été trouvées dans ce parc ou aux alentours de celui-ci» . Quant à la pétition, celle-ci fait référence non seulement aux seringues, mais aussi aux lames de rasoir rouillées et aux contraceptifs trouvés dans le parc.

Les problèmes du parc à cette époque sont en partie reliés aux piqueries qui s'installent de temps à autre dans le quartier. Chaque fois qu'une piquerie ouvre ses portes, les résidents s'en rendent compte immédiatement : le nombre de seringues dans la ruelle, dans le parc et même dans la rue, augmente et certains individus ont des comportements pour le moins erratiques. Ceux-ci se réfugient souvent dans le parc où se trouve un petit abri leur permettant de se droguer sans être vus. D'autres se soucient fort peu de leur intimité et une résidente de la rue Henri-Julien, a même surpris un individu qui avait grimpé dans un arbre du parc afin de se piquer! À chaque fois que les résidents se rendent compte de la présence d'une piquerie dans le quartier, des pressions de toutes parts sont exercées sur les forces policières et les élus : la piquerie ferme ses portes rapidement. Cependant, le parc demeure toujours dans un piètre état.

Bien que la Ville apporte certaines améliorations au parc, celles-ci sont insuffisantes. D'ailleurs, un article rédigé par Dominique Joly, publié le 12 avril 1992 dans le Journal St-Louis et Mile-End fait était de la situation. La Ville entreprend enfin une rénovation majeure du parc durant l'été 1992. La fin des travaux fait l'objet d'une fête communautaire dans le parc, le dimanche 13 septembre 1992. Depuis, le parc, en raison notamment des magnifiques érables qui s'y trouvent, s'embelli d'année en année et il demeure toujours aussi populaire avec les enfants du quartier.

On ne peut passer sous silence la visite de Mère Teresa sur la rue Drolet le mardi 13 septembre 1988, car des membres de la congrégation religieuse fondée par Mère Teresa, les Missionnaires de la Charité, habitent au 3897-3899 Drolet. Lors de sa visite, Mère Teresa en profite pour saluer les résidents, dont Micheline Raymond et son jeune fils, Guillaume Beauchemin.

Forts de l'expérience acquise lors des mobilisations précédentes, les résidents du Quartier Olier n'hésitent pas à entreprendre, au besoin, plusieurs autres démarches afin d'améliorer la qualité de vie dans le quartier. En outre, avec l'aide du groupe ÉCO-ACTION, ils entreprennent en 1998 un projet d'aménagement de la ruelle qui borde le parc. La ruelle gagne le prix de la plus belle ruelle verte du Plateau Mont-Royal au début des années 2000.

L'initiative d'une fête de retrouvailles le 10 juin 2006 n'est qu'un exemple des nombreux gestes concrets posés par les résidents depuis plusieurs années pour améliorer la qualité de vie dans le quartier. D'ailleurs, ce site Internet ainsi que la Petite histoire du Quartier Olier, deux autres initiatives des résidents, demeurent des projets en élaboration, des works in progress. C'est pourquoi nous vous invitons à nous transmettre vos souvenirs, photos et tous renseignements pertinents (parcjjo@gmail.com), car ceux-ci permettront d'améliorer la connaissance du quartier et de sa petite histoire.

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